Le choeur virtuel entre à l'opéra
"Comme cela vous chante"
Cet opéra expérimental a été présenté à l'occasion du festival " Vilette Numérique" en septembre 2002. Pour le chant, il associait trois chanteurs réels et douze virtuels. Sur le thème de Pygmalion amoureux d'une Galatée virtuelle.. Malgré quelques vicissitudes techniques à la première représentation, et une mauvaise gestion de notre choeur virtuel (entre autre un son global qui n'avait rien à voir avec l' ensemble des sons individuels de chaque élément), les ordinateurs finirent malgré tout par s'intégrer assez naturellement dans la scène, acquérant peu à peu leur dimension d'acteurs, une certaine "vie visuelle" venant de leur pilotage en temps réel par un chef d'orchestre hors champ.

extrait d'un article du "monde interactif" de mars 2002. Les danseuses mentionnées sont l'oeuvre de Michel Bret et Marie-Hélène Tramus. Livret de Jocelyne Kiss. La partie musicale liée au choeur virtuel n'était encore qu'en projet:

TENDANCES

Pygmalion à l'ère de la virtualité

Une équipe de chercheurs du département Arts et Technologie de l'Image de l'université Paris-8 s'est attelée à la réalisation d'un opéra interactif. Interférence d'images, de sons et de mouvements où public, chanteurs et êtres virtuels interagissent, le résultat est résolument novateur.

Mis à jour le lundi 11 mars 2002

Sur les écrans d'ordinateurs, des visages en images de synthèse se déplacent et chantent dans un univers organique en trois dimensions. Un chef d'orchestre les dirige à l'aide d'une étrange baguette. Munie d'un capteur magnétique, celle-ci permet de modifier les expressions des différents visages, d'en moduler les voix et de déclencher ou geler les animations de fond en 3D. Mi-électronique, mi-humain, leur chant, initié à partir d'une phrase anodine prononcée dans un microphone par un spectateur, pétrifie.

Cette phrase est d'abord répétée par un ou plusieurs " visages ", puis un programme spécifique l'analyse en temps réel et en extraie une suite de voyelles sonores qui s'épanouissent en un véritable chant. La voix de soprano d'une chanteuse bien réelle s'élève pour accompagner la complainte mystique de ce choeur composé de machines. Les danseuses de synthèse, frêles créatures cristallines drapées de voiles qu'on dirait en mousseline, virevoltent gracieusement. Les mouvements sont fluides, à peine saccadés.

Dans cette atmosphère fantasmagorique, Pygmalion chante son amour fou à la créature virtuelle qu'il a lui-même créée, l'envoûtante Galathée. A l'ère de la virtualité, le mythe de ce Roi de Chypre dont la passion pour la statue d'ivoire qu'il avait sculptée toucha tant la déesse Aphrodite qu'elle décida de lui donner vie, tombe à point nommé.

L'équipe de recherche sur l'Image Numérique et la Réalité Virtuelle (INREV) du département Arts et Technologie de l'Image (ATI, rattaché à l'université Paris-8) l'a donc naturellement choisi pour constituer la trame de son Opéra Interactif " Que cela vous chante.. ". Monique Nahas, physicienne de formation et créatrice des " visages " de l'Opéra avec Hervé Huitruic explique que " le mythe de Pygmalion permet d'engager une réflexion, sans prétention philosophique mais néanmoins critique, sur le désir, rendu quasiment possible grâce aux technologies actuelles, de créer des êtres virtuels à l'image de l'homme" .

.Yvonne Debeaumarché